Tableau des principaux cas de délit d’entrave : tout ce que vous devez savoir

✍️ Freddy VALLERANT | 📆 11/07/2025 | 🔄 11/07/2025 | 🗂️ Le fonctionnement du CSE | ⏱️ : 12 minutes

Parcourir les catégories

Parcourir le guide pratique du CSE
Vous recherchez un tableau des principaux cas de délit d’entrave CSE clair, complet et à jour ?

Cet article vous propose une vue synthétique des situations les plus fréquentes : atteinte au fonctionnement du Comité Social et Économique, au droit syndical, ou encore obstacle à la constitution de l’institution représentative du personnel.

Nous avons rassemblé ici les exemples de délit d’entrave, articles de loi applicables, jurisprudence, sanctions encourues et auteurs possibles. Un outil utile pour comprendre vos obligations, éviter une infraction pénale et assurer le respect du droit du travail.

👉 Ne passez pas à côté du tableau des principaux cas de délit d’entrave.

Qu’est-ce qu’un délit d’entrave ?

Avant d’identifier les cas concrets à travers notre tableau des principaux cas de délit d’entrave, il est essentiel de poser les bases : quelle est la définition de délit d’entrave ? À quoi renvoie cette infraction ? Voici ce que vous devez savoir.

Définition juridique du délit d’entrave

Le délit d’entrave, selon l’article L.2317-1 du Code du travail, est une infraction pénale commise lorsqu’un employeur, ou toute autre personne responsable, porte atteinte à la mise en place et au bon déroulement de la mission des représentants du personnel et à l’exercice du droit syndical.

Cela comprend donc les institutions représentatives du personnel, mais aussi les organisations syndicales.

Cette entrave peut viser :

  • la mise en place ou la désignation des délégués du personnel.
  • l’exercice du droit syndical (article L.2146-1).
  • ou le fonctionnement régulier des instances, comme l’organisation des réunions, la consultation, ou encore la communication de pièces obligatoires.

Bon à savoir 💡

Le manquement peut être actif (action directe comme un refus de convoquer une réunion) ou passif (comme le manque d’information ou l’omission de transmettre un élément requis par la loi).

Les 3 éléments constitutifs de l’infraction d’un employeur

Pour qu’un délit d’entrave soit reconnu, il doit réunir 3 éléments précis :

1. Un élément légal

Il faut un texte de loi clair identifiant le comportement fautif. Il s’agit ici des articles du Code du travail, par exemple L.2317-1 à L.2317-2.

2. Un élément matériel

Il doit exister un acte concret ou une absence d’action. Cela peut être un refus d’organiser les élections du CSE, ou une non-consultation sur un projet impactant les salariés.

3. Un élément moral

Ou élément intentionnel. Le comportement doit être intentionnel, même s’il n’a pas forcément pour but de nuire. L’intention de l’auteur suffit dès lors qu’il avait conscience de son obligation légale (caractère volontaire) et qu’il ne l’a pas respectée.

Attention ⚠️

La jurisprudence reconnaît aussi l’abstention volontaire comme une forme d’entrave (Cass. crim. 15-5-2007 n° 06-84.318).

Ne pas faire peut être aussi grave que faire !

Qui peut être poursuivi pour délit d’entrave ?

Le chef d’entreprise est le premier responsable. En l’absence de délégation de pouvoir, il ne peut se dégager de sa responsabilité pénale.

Sinon, peuvent être reconnus auteurs de l’infraction :

  • son représentant titulaire d’une délégation de pouvoir, sauf s’il a personnellement participé à l’infraction ( crim. 15 mars 2016 n° 14-85.078).
  • une personne morale (société, association, etc.).
  • un salarié.
  • un membre du CSE.
  • un délégué syndical.

Le saviez-vous ? 💡

Des décisions de la Cour de cassation ont condamné des secrétaires de CSE (Cass. crim. 4-11-1988 n° 87-91.705).

Ou des salariés pour des faits tels que l’empêchement de déplacements, ou le refus d’appliquer une décision de justice concernant la réintégration d’un élu (Cass. crim. 9-12-1986 n° 86-90.552).

Cette section vous permet de bien distinguer ce qui constitue une infraction, afin d’en identifier les signes concrets. Passons maintenant à ce que vous attendez : le tableau des principaux cas de délit d’entrave.

Tableau des principaux cas de délit d’entrave par catégorie

Éviter le délit d’entrave doit être la principale préoccupation de l’employeur, tant les conséquences en droit pénal et droit social sont importantes.

Ce tableau des principaux cas de délit d’entrave vous présente les cas les plus fréquents que le CSE peut être amené à rencontrer.

Élections professionnelles

Type d’entrave

Exemple concret

Référence juridique

L’employeur n’engage pas le processus alors que le seuil de 11 salariés est franchi depuis 12 mois

Pressions sur les candidats

Pressions dissuasives sur les salariés pour qu’ils renoncent à se présenter

Irrégularités dans les opérations électorales

Non respect du protocole d’accord préélectoral conclu

Obstacle à la constitution du CSE

Modification de structure pour éviter sa mise en place

Non renouvellement des mandats

N’organise pas le renouvellement des élections du CSE à l’échéance des mandats

Entrave au fonctionnement du CSE et ses missions

Type d’entrave

Démonstration
Article ou jurisprudence
Non-convocation à une réunion du CSE
Omettre volontairement de convoquer les membres du CSE aux réunions périodiques
Non-convocation à une réunion du CSE
Omission de convoquer des membres suppléants
Non-convocation à une réunion du CSE

Ne pas inviter en temps utile un représentant syndical

Opposition présence dactylographe aux séances CSE
S’opposer à la présence d’une sténo-dactylographe qui ne participe pas aux débats
Ordre du jour fixé unilatéralement
Le secrétaire n’est pas consulté Modification de l’ordre du jour sans consultation et accord des membres du CSE
Retard dans la communication de l’ODJ
Moins de 3 jours ouvrables avant la réunion
Non-convocation à une réunion extraordinaire
CSE non réuni malgré demande formelle des élus
Limitation du temps de parole des élus
Limiter le temps de parole des délégués et empêcher l’examen complet de l’ordre du jour.
Subvention de fonctionnement non versé
Non-versement du budget de fonctionnement du CSE
Subvention de fonctionnement non versé
Refus de verser les 0,2% et de communiquer le montant de la masse salariale brute
Refus de verser le budget ASC
L’employeur supprime ou modifie, sans l’accord du CSE la subvention ASC
Ingérence dans la gestion des ASC
Tentative de contrôler les décisions du CSE sur les ASC
Non-transmission de documentation
Absence de mise à disposition des élus d’une documentation économique et financière
Non-transmission de documentation
Refus de communiquer des documents dans le cadre de son droit d’alerte économique
Non-transmission de documentation
Refus de communiquer le bilan social
Non-transmission de documentation
Refus de communiquer dans son intégralité un rapport d’inspection sur le fonctionnement de l’établissement

Délégation de pouvoir du président du CSE à un représentant incompétent

Désigner un salarié sans les compétences ni le pouvoir pour assurer les réunions
Non respect des droits du CSE en matière d’accès aux locaux
Refus de l’accès des membres CSE aux locaux de l’entreprise lorsqu’ils demandent une inspection pour vérifier la régularité des mesures de sécurité

Droit syndical et représentant du personnel

Type d’entrave
Illustration concrète
Référence juridique
Refus de local
Aucun local mis à disposition malgré l’obligation
Taille du local
Mise à disposition un local de taille exiguë
Limitation des déplacements
Entrave à la liberté de circulation des élus
Censure d’affichage syndical
Affiches arrachées ou interdites
Non-paiement ou exigence de justification préalable
Frais de déplacement
Refus de prise en charge des frais de déplacement pour se rendre aux réunions malgré les mises en garde de l’inspecteur du travail

Information et consultation du CSE

Type d’entrave au CSE
Situation
Référence juridique
Projet non soumis au CSE
Déménagement, restructuration, plan de formation non soumis à consultation
Non-respect du délai de consultation
Consultation informelle, sans documents ou hors délai
Refus de l’expert-comptable du CSE
Refus de payer les honoraires de l’expert, en s’opposant physiquement à son entrée et en s’abstenant de répondre à ses courriers
Mise en place d’outils sans consulter les DP
Mettre en place, sans consultation du CSE, un outil RH
Instauration d’une prime unilatéralement
Instaurer une prime de productivité sans consultation du CSE
Non-consultation sur organisation
Modification de poste sans consultation

Négociation collective

Type d’entrave
Cas concret
Référence juridique
Accords conclus sans les syndicats
L’employeur négocie avec des IRP non mandatés
Entrave au monopole syndical
Tentative de détourner les négociations obligatoires

Sanction disciplinaire et licenciement du salarié protégé

Type d’entrave
Cas de figure
Référence juridique
Licenciement sans autorisation de l’inspecteur du travail
Aucune autorisation administrative préalable
Refus de réintégration après refus d’autorisation
Maintien d’une mise à l’écart
Accord de résiliation
Proposer à un salarié protégé un accord de résiliation de son contrat de travail.
Référendum sur le licenciement de salariés protégés
Organiser un référendum pour recueillir l’avis du personnel sur le licenciement de 2 salariés protégés après la consultation du comité.
Refus de réintégration après refus d’autorisation
Maintien d’une mise à l’écart
Sanction abusive
Mise à pied excessive et injustifiée

Cas particuliers divers

Type d’entrave
Application pratique
Article de loi / Arrêt
Rédaction Procès verbal CSE par un tiers de l’instance
Faire rédiger, sous le contrôle de l’employeur, le PV par une personne employée de l’entreprise mais extérieure au comité.
Présence de membres de la direction sans accord
Imposer la présence permanente aux séances du CSE de 2 membres de la direction contrairement à la volonté majoritaire du comité et sans qu’il existe un accord collectif en ce sens.
Refus d’application des règles de fonctionnement validées collectivement
Entrave à la mise en place de la BDESE
Refus de constituer la base de données économiques, sociales et environnementales

La personne morale encourt une amende 5 fois supérieure, soit jusqu’à 37 500 euros, accompagnée de peines complémentaires (dissolution, fermeture, interdiction d’exercer, etc.) selon l’article 131-38 du Code pénal. Nous le rappellerons plus loin.

Que faire en cas de délit d’entrave constaté ?

Face à un comportement de l’employeur qui semble nuire aux droits du comité social et économique, il est possible d’agir étape par étape.

Voici les procédures à suivre si vous pensez être confronté à une atteinte, comme les illustrations visées au tableau des principaux cas de délit d’entrave ci-dessus.

Recours amiable

La première étape, souvent sous-estimée, consiste à tenter un règlement amiable.

Si vous êtes membre élu du CSE, représentant du personnel ou délégué syndical, vous pouvez envoyer un courrier formel à l’employeur pour l’alerter sur l’obligation légale non respectée : non-invitation à une réunion, absence de consultation, défaut de mise en place du CSE, etc.

Bon à savoir 💡

Ce courrier peut servir de preuve en cas de poursuite ultérieure. Il est donc conseillé de le rédiger de manière structurée et datée, en rappelant les textes applicables du Code du travail.

Alerter l’inspection du travail

Si l’échange direct reste sans effet, vous pouvez solliciter l’inspecteur du travail. Ce dernier a le pouvoir de :

  • Vérifier la conformité de la situation (documents, ordre du jour, budgets…).
  • Réaliser une enquête sur place (avec entretiens, consultations).
  • Rédiger un procès-verbal en cas d’infraction pénale avérée.

Le constat du délit d’entrave par l’autorité administrative peut entraîner une transmission au procureur de la République pour suites judiciaires (article L8113-7 du code du travail).

Le saviez-vous ? 💡  

En cas d’omission volontaire, comme un refus répété de consulter le CSE sur un projet de licenciement économique, l’inspecteur peut enclencher une procédure pénale sans délai supplémentaire.

Saisir la justice ou se constituer partie civile

Si le recours amiable et le signalement à l’inspection du travail n’ont pas suffi, il est possible d’ester auprès du tribunal correctionnel.

  • Le CSE peut se constituer partie civile.
  • Une organisation syndicale peut également déposer plainte.
  • Le salarié protégé concerné peut agir à titre individuel.

L’action en justice pour délit d’entrave est possible pendant 6 ans à partir du jour où l’acte ou l’omission fautive a été commis.

Tableau des principaux cas de délit d’entrave : quelles sanctions ?

Catégorie d’entrave
Exemples d’infractions
Sanctions encourues (personne physique)
Observations et obligations associées

➡️ Refus d’organiser les élections

➡️ Obstacle à la constitution du comité

➡️ Contournement du seuil d’effectif

1 an d’emprisonnement + amende de 7500 €
L’absence de mise en place viole le droit du travail (article L2317-1 Code du travail)
Fonctionnement du CSE

➡️ Non-convocation à une réunion

➡️ Modification unilatérale de l’ordre du jour

➡️ Absence d’information ou de consultation

➡️ Entrave aux missions du CSE

Jusqu’à 7 500 € d’amende
Nuit au fonctionnement représentatif du personnel (CSE, délégués, commissions)
Droit syndical

➡️ Refus de mise à disposition d’un local

➡️ Contrôle abusif des heures de délégation

➡️ Restriction de circulation

➡️ Censure d’affichage

1 an d’emprisonnement + 3 750 € d’amende
Constitue un obstacle au libre exercice du droit syndical (art. L2146-1 Code du travail)
Licenciement des salariés protégés

➡️ Licenciement sans autorisation de l’inspection du travail

➡️ Maintien à l’écart après refus de licenciement

➡️ Accord frauduleux de rupture

Nullité du licenciement + sanctions pénales possibles
Le salarié protégé bénéficie d’une protection légale renforcée
Bilan social

Non-présentation ou omission du bilan social obligatoire (≥300 salariés)

7 500 € d’amende
Violation d’une obligation légale de transparence sociale
Négociation collective

➡️ Signature d’accords sans consultation des syndicats représentatifs

➡️ Éviction des partenaires sociaux

1 an d’emprisonnement + 3 750 € d’amende
Transgresse la légitimité de la négociation collective (art. L2231-1)

Sanctions complémentaires en cas d’infraction commise par une personne morale

Sanction possible
Détail
Amende x5
Jusqu’à 37 500 € pour les infractions les plus graves
Dissolution judiciaire
En cas de manquement grave et répété
Fermeture temporaire ou définitive
De l’établissement concerné par l’entrave
Interdiction d’exercice
Pour une ou plusieurs activités pendant 5 ans maximum
Affichage ou diffusion de la décision
Mesure de publicité ordonnée par le juge pénal
Mise sous surveillance judiciaire

Jusqu’à 5 ans (article 131-39 Code pénal)

Bon à savoir 💡

En cas de récidive, toutes les peines encourues sont automatiquement doublées.

La responsabilité pénale peut aussi engager le chef d’entreprise, le délégataire ou toute personne ayant participé à l’acte d’entrave, même en cas d’omission ou de méconnaissance des règles applicables.

FAQ

Qu’est-ce qu’un délit d’entrave au CSE ?

C’est une infraction pénale qui consiste à porter atteinte à la création, au fonctionnement ou aux missions du comité social et économique ou des représentants du personnel.

Comment s’en prémunir ?

Pour éviter de commettre un délit, l’employeur doit respecter le droit du travail, assurer la mise en place du CSE, consulter régulièrement ses membres et garantir leurs moyens d’action comme l’accès à des formations.

Quel est le délai de prescription pour le délit d’entrave ?

Il est de 6 ans à compter de l’infraction, sauf en cas de délit continu où chaque jour fait courir un nouveau délai.

Quelles sanctions encourt l’employeur en cas délit d’entrave ou atteinte au droit syndical ?

Jusqu’à 1 an d’emprisonnement et 7 500 € d’amende, avec peines doublées en cas de récidive. Pour les personnes morales : amende ×5 et sanctions complémentaires.

Comment constater un délit d’entrave ?

Par courrier d’observation ou par un procès-verbal de l’inspection du travail, transmis ensuite au procureur de la République.

Qui peut dénoncer un délit d’entrave ?

Un élu du CSE, un syndicat, un représentant du personnel ou un salarié protégé. Le comité de groupe ou la partie civile peuvent aussi agir.

Quels sont les cas constitutifs d’un délit d’entrave ?

Les cas les plus fréquents sont mentionnés dans notre tableau des principaux cas de délit d’entrave : refus d’élections, non-consultation du CSE, obstacle au droit syndical, ou licenciement sans autorisation d’un salarié protégé.

    Fondateur de FV Formation


    Freddy VALLERANT

    À propos de l’auteur

    Je suis Freddy Vallerant, fondateur de FV Formation. Ancien élu d’entreprise devenu formateur, j’accompagne depuis 2015 les élus du CSE, les membres de la CSSCT, ainsi que les employeurs et managers.

    Avec FV Formation, agréé par la DRIEETS Île-de-France, je propose des formations interactives basées sur la ludopédagogie et une veille juridique active. Auditeur DUERP, j’interviens aussi sur la prévention des risques professionnels et l’amélioration des conditions de travail.

    Mon objectif : fournir des outils concrets pour des environnements de travail plus sains, humains et efficaces.

     

    Demander un devis

    Choisir le type d'entreprise

    Choisir le(s) stage(s)

    Choisir le(s) stage(s)

    Choisir le(s) stage(s)

    Utilisation des données personnelles : En cochant la case ci-dessous, vous autorisez Mr VALLERANT Freddy à utiliser vos données personnelles pour répondre à votre demande et vous déclarez avoir pris connaissance de notre Politique de Confidentialité. Vos données personnelles ne seront utilisées qu'à la seule fin décrite dans le formulaire.

    2 + 15 =

    Ces articles pourraient aussi vous intéresser